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Alerte aux émeutes de la faim

Ces derniers mois, la hausse des prix de l'alimentation a provoqué une agitation sociale dans divers pays, provoquant notamment la chute du Premier ministre à Haïti et des émeutes de la faim qui ont fait au moins cinq morts et 200 blessés. Et ce sont 33 états dans le monde qui sont menacés à brève échéance de troubles politiques et sociaux.

L'Egypte, le Cameroun, la Côté d'Ivoire, la Mauritanie, l'Ethiopie, Madagascar, les Philippines, l'Indonésie ont déjà connu des “émeutes de la faim” menées par des gens incapables de s'acheter même les produits alimentaires les plus basiques.

Cette flambée des produits alimentaires ne semble pas avoir pour l'heure de raison de cesser, et ses effets pourraient s'étendre. La Banque Mondiale, qui réunissait dimanche son comité pour le Développement, a appelé les gouvernements des pays membres à intervenir d'urgence. “Sur la base d'une analyse sommaire, nous estimons que le doublement des prix alimentaires au cours de ces trois dernières années pourrait pousser plus profondément dans la misère 100 millions d'individus vivant dans les pays pauvres”, a expliqué le président de l'institution Robert Zoellick.

Risque de guerre

L'ONU craint une “très longue période d'émeutes” de la faim. Pire, le président du FMI, Dominique Strauss-Kahn, évoque des “conséquences terribles: des centaines de milliers de personnes vont être victimes de la faim. Des enfants souffriront de malnutrition, avec des conséquences pour toute leur vie”. “Comme nous l'avons appris dans le passé, ce genre de situations se finit parfois en guerre”, a-t-il ajouté.

La Banque mondiale demande donc aux pays les plus riches de ne pas attendre le prochain G8 finances, prévu au Japon en juin, pour agir. Présent dans 78 pays où il nourrit 73 millions de personnes, le Programme alimentaire mondial (PAM) a demandé en urgence 500 millions de dollars à la communauté internationale avant le 1er mai. Il en a déjà reçu la moitié.

Mais face à ces besoins, les organisations internationales d'aide humanitaire sont de plus en plus démunies, puisqu'elles se trouvent également confrontées à l'augmentation des prix et donc des dépenses; et par conséquent elles diminuent les dons en nature. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) "Une des inquiétudes majeures est la possibilité que l'ensemble du système d'aide alimentaire d'urgence soit incapable de faire face".

Pas de raison que les prix baissent

Pour Dominique Strass-Kahn, ce sont tous les progrès réalisés par les pays pauvres depuis cinq à dix ans en matière de développement qui pourraient se retrouver “complètement détruits”. Voilà pourquoi le directeur général du FMI a souligné que ce problème dépassait le cadre strict des préoccupations humanitaires. La crise alimentaire pourrait ainsi avoir des effets pour la planète entière et toute la sphère économique.

La Banque mondiale prévoit de presque doubler ses prêts agricoles en Afrique en les portants à 800 millions de dollars. Un “new deal pour une politique alimentaire globale”, qui ne suffira peut-être pas.

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