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Des étudiants cubains critiquent le gouvernement

Deux cents étudiants interviennent sur les questions sensibles de la politique du pays devant le Président du Parlement Ricardo Alarcon, dans l’arène de l’Université des sciences informatiques de la Havane. C’est ce que montre une vidéo largement diffusée sur le Net, alors qu’elle était en réalité destinée au seul circuit de télévision interne de la faculté. Elle aurait été envoyée ‘clandestinement’ à la BBC.

On voit sur cette séquence les étudiants évoquer les questions problématiques qui font débat dans l’île à la veille de la transition gouvernementale. En effet, le 24 février, le Parlement doit décider si Fidel Castro, toujours convalescent, restera Chef de l’Etat, ou bien si faudra élire un nouveau président.

Ce 19 janvier à l’Université, les jeunes se demandent pourquoi le peuple de Cuba ne peut pas séjourner dans les hôtels du pays, réservés aux étrangers, ou pourquoi il ne peut pas voyager dans le monde à cause des restrictions pour sortir du pays. Ils interrogent aussi le politique sur le contrôle de l’accès à Internet ; mais surtout sur les deux monnaies différentes en circulation sur l’île : le peso pour les cubains, le peso convertible pour les étrangers. Tout le commerce intérieur du pays se fait en peso convertible alors que les ouvriers et les paysans sont toujours payés avec la monnaie nationale, qui a 25 fois moins de valeur.

Stratégie gouvernementale ?
Mais pour certains observateurs, les questions soulevées par les étudiants coïncident étrangement avec les thèmes du ‘grand débat national’ évoqués par Raul Castro, au pouvoir depuis un an et demi. Ce serait donc une stratégie gouvernementale pour faciliter la transition du pouvoir. En effet, ce dernier a souhaité que la population exprime ses attentes avant la décision du 24 février, pour savoir qui sera le prochain président cubain.

Pour Yoani, une jeune habitante de La Havane, cette discussion des étudiants avec le Président du Parlement serait plus ‘spontanée’ qu’organisée par le régime castrique. Selon elle, elle révèle un fort désir de changement car ‘les étudiants, comme le reste de la population, en ont assez des promesses qui ne débouchent sur rien’. Ils veulent par conséquent une évolution au niveau politique, mais surtout économique. Ils veulent une plus forte liberté d’expression.

Les jeunes sont donc décidés à se faire entendre. Le changement viendra peut-être d’Internet et de ses blogs, car il est plus facile d’y émettre son opinion sans se faire inquiéter par les autorités : Internet est moins contrôlé que les autres médias. Ce qui incite les jeunes à s’exprimer plus librement. Ils sont en train de pousser le gouvernement à évoluer.
Mais on ne parle pas ici de ‘révolution’. Car les étudiants se présentent comme proches du gouvernement et non comme des opposants.
Pourtant, un étudiant aurait été arrêté chez lui samedi 9 février. Le gouvernement cubain ne saurait-il répondre aux critiques que par la répression, et ce depuis plus d’un demi siècle ?

Quant à l’élection du 24 février, les médias internationaux en attendent beaucoup. Mais les cubains redoutent que la situation reste inchangée. Reste l’expression du peuple qui, semble t’il, est bien décidé à avancer.

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