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Fracture sociale : l'inégalité face au langage

Si les pauvres restent pauvres, c’est qu’ils sont sevrés demots pendant leur tendre enfance, à en croire les récents lauréats d’un prix américain. A son quatrième anniversaire, un bambin privilégiéaura entendu prononcer trente millions de mots de plus qu’un enfant défavorisé. Ces chiffres sont établis sur la base des travaux de Betty Hard et Todd Risley, de l’université du Kansas. Pendant deux ans et demi, les chercheurs ont analysé les échanges de 42 familles. En moyenne, concluent-ils, les enfants déshéritésentendent 616 mots par heure, les petits nantis, 2 153. L’extrapolation se base sur quatorze heures par jour.

L’écart entre le nombre de mots entendus par les enfants plus on moins favorisés commence au berceau, se creuse au jardin d’enfants, devient un gouffre à l’âge adulte, selon les tenants du projet Providence Talks. Le remède ? Doter les enfants d’un petit magnétophone comptabilisant le nombre de mots entendus au cours de la journée.

L’appareil attaché aux vêtements filtre les bruits de fond et le flux de la télévision et de la radio, qui sont jugés impersonnels et non assimilés. Les échanges sont confidentiels et les enregistrements effacés après analyse. En cas de déficit parental, des travailleurs sociaux apprendront aux parents taiseux à devenir plus loquaces pour booster le vocabulaire de leurs rejetons. Des milliers de familles de Providence devraient participer à ce projet doté de 5 millions de dollars (3.8 millions d’euros) par Bloomberg Philanthropies. Le maire de New York, promoteur du prix, espère voir ce programme étendu à tout le pays. Bientôt des millions d’enfants américains sous écoute et stimulation verbale ?

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