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Marvin Gaye, What's Going On

What’s Going On est considéré comme le chef d’œuvre de la soul et marque un tournant dans l’écriture de Marvin Gaye. Et pourtant, cet album concept a bien failli ne jamais paraître tant ses thèmes – l’écologie, la paix, la discrimination, l’amour de dieu – firent freiner des deux pieds la maison de disques, Motown, et surtout Berry Gordy lorsque Marvin Gaye lui en présenta la maquette. A tel point qu’il du mettre son départ dans la balance pour que Berry Gordy accepte de le sortir.

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La première fois que j’ai écouté cet album, je ne comprenais pas l’anglais mais le premier morceau What’s going on m’a tout de suite électrisée. Il y eut tout d’abord cet imbroglio de conversations et la voix de Marvin Gaye qui scande « what’s happening, brother? » et soudain l’intensité d’un saxophone aux tons chauds. Et puis il y eut La voix, cette voix d’ange, à la fois sensuelle et désespérée qui a su magnifier la Soul. Enfin, ce refrain entêtant, ce thème de What’s going on qui reste tout de suite gravé en mémoire.

Car la totalité de l’album est construit autour du thème principal de What’s going on. On passe ainsi d’un rythme enjoué au début de l’album à un rythme lancinant servi par une basse aux accents cotonneux sur Flyin’ High. La voix reprend alors le dessus sur Save the children jusqu’à Mercy Mercy Me qui reprend crescendo jusqu’au point culminant de l’album: le fabuleux titre Right On et ses percussions d’influence brésilienne qui donnent envie de prendre d’assaut la piste de danse du salon sur le champ. Enfin, les deux derniers titres vont decrescendo pour finir sur le magistral Inner city blues. L’orchestration, quant à elle, offre un véritable écrin à la voix de Marvin Gaye et aux chœurs qu’il exécute également. L’enchaînement des morceaux, paraît quant à lui, tellement naturel qu’on a l’impression que l’album a été conçu comme un seul souffle, qu’on ne peut reprendre qu’une fois l’album entièrement écouté.

Mon anglais s’améliorant avec l’âge, j’ai pris la mesure de ce que cet album pouvait représenter comme virage par rapport à la soul alambiquée que Motown déversait alors sur le monde. Exit les complaintes amoureuses, Marvin Gaye dressait le constat des problèmes de la minorité afro-américaine comme d’autres l’avaient fait avant lui mais de manière plus revendicative (Curtis Mayfield, Keep on Pushing (1964)). Mais l’on reste tellement sans voix face à un tel chef d’œuvre qu’il aurait été incompréhensible de le passer sous silence.

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