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Masques, le nouvel accessoire des fashionistas ?

Glamour, vintage, en accord avec le costume ou la robe, de jour en jour, le masque prend ses aises. En France, l’objet était mal vu pendant longtemps à cause de l’anxiété qu’il génère. Mais aujourd’hui, son port généralisé a donné des idées aux fashionistas. Certains n’hésitent plus à l’ajuster à leurs tenues. Serait-ce le début d’une révolution culturelle ? Rien n’est moins sûr.

Le masque, entre nécessité sanitaire et tendance mode

D’un simple objet pratique, la notoriété du masque n’a cessé de grandir tout au long de l’année 2020, en raison de la crise sanitaire du coronavirus. Par ailleurs, l’apparition des masques en tissu a vu émerger une véritable tendance à l’esthétisme. Étroitement lié à la pandémie de la Covid, le masque n’a pas eu beaucoup de mal à changer les habitudes des consommateurs.

Un grand nombre de personnes estime désormais que le port du masque étant devenu obligatoire, le choix de cet accessoire doit s’adapter à la tendance mode du moment. C’est probablement pourquoi il n’est plus rare de voir que les masques s’accordent aux sacs à main, aux vêtements ou aux chaussures du porteur.

Aussi, les masques en tissu ne passent plus inaperçus, vu le succès que rencontrent ces accessoires. En rappel, le port du masque et la distanciation sont avec les autres gestes barrières, les parades efficaces pour éviter de se faire contaminer. Les risques de propagation du virus sont considérablement réduits par ces gestes.

Selon de récentes études, dont l’une, conduite à la demande de l’OMS, les risques de contamination sont réduits de 85 % chez ceux qui arborent le masque chirurgical. En revanche, chez les personnes malades, la transmission vers une personne saine passe de 17,4 % quand on ne porte pas le masque à 3,5 % pour les malades portant un masque de protection respiratoire.

La crise sanitaire à l’origine du boom des ventes de masques

De plus en plus, l’on enregistre l’arrivée de nouveaux opérateurs dans la filière des masques de protection. C’est le cas des amateurs de mode et des couturiers qui se sont engouffrés dans la brèche afin de pallier la pénurie des masques en début d’épidémie. Ces nouveaux acteurs se sont spécialisés dans la production des masques en tissu.

Diane Deblyck est CEO de Mon Masque de France, filiale d’une sellerie de luxe. « La création de notre marque, explique cette dernière, s’est effectuée durant le confinement (…) ». « Le sentiment d’impuissance dans le contexte d’alors, souligne-t-elle, était trop fort. Le seul moyen d’agir efficacement, conclut-elle, était de monter une entité en créant des emplois pour fabriquer des masques de qualité à des prix justes ».

Après la production d’une première commande de masques destinée aux EHPAD, la marque s’est engagée à ravitailler pendant deux mois les collectivités de la région Nord–Pas-de-Calais. Au total, 200 000 masques sont sortis de l’usine afin de répondre à la demande pressante des maires, en période de pénurie.

Pourtant, tout n’a pas été un long fleuve tranquille. De nombreux obstacles ont jalonné cette aventure parmi lesquels le manque de temps. Location d’espaces, achat du matériel et des machines, approvisionnement en matières conformes aux normes AFNOR, recrutement des couturiers, les défis se sont avérés nombreux et le temps très court.

La culture du port du masque est liée à son importance

Malgré sa cherté à l’achat, les avantages du masque en tissu sont nombreux. Il est plus économique sur la durée à cause des nombreuses possibilités de réutilisation qu’il offre. La faiblesse de son empreinte environnementale est l’autre avantage du masque en tissu. Bien qu’il soit une nouveauté en Europe, le port du masque est rentré dans les habitudes dans certaines parties du monde comme en Asie. Deux raisons peuvent expliquer la forte intégration de la culture du masque dans cette partie du monde. L’une d’elles est le niveau de pollution et la présence de très nombreuses particules fines dans l’air respirable dans ces pays.

L’autre raison justifiant le port du masque, c’est l’esprit civique et le respect des autres qui sont des valeurs cardinales en matière de protection contre les maladies. Pourtant, certains n’hésitent pas à questionner l’efficacité du masque en tissu par rapport au masque jetable. La réponse des spécialistes ne laisse transparaître l’ombre d’aucun doute.

Qu’il soit jetable ou réutilisable, l’efficacité du masque dépend d’abord et avant tout de la qualité du tissu utilisé pour sa confection. Certaines entreprises font recours aux tissus dont le traitement est conforme aux exigences de la norme ISO 18184 relative aux équipements de protection respiratoire. Il existe, à ce jour, des technologies permettant de produire des textiles ayant des capacités virucides.

Le masque, un produit revisité par les acteurs de la mode

Isabelle Mathieu est costumière de cinéma et propriétaire de « Tombé du ciel vintage », une boutique de mode située à Marseille. Ses débuts dans la fabrication des masques remontent au tout début de l’épidémie. « On est appelé à en porter au moins pendant un an et demi tant qu’il n’y aura pas de vaccin : il faut apporter un peu de gaité », avait-elle indiqué. Pierre Talamon, tailleur à Paris, pour sa part estime qu’il « est tout à fait logique de l’introduire dans la garde-robe masculine. Cela risque de devenir un accessoire de mode, soutient-il ». L’option prise par ce spécialiste consistait à customiser le masque de sorte qu’il puisse s’adapter à toutes les tenues. L’on estime aujourd’hui à 496 %, la hausse enregistrée sur internet sur les recherches des masques durant les trois premiers mois de l’année 2020.

Ces statistiques émanent du moteur de recherche Lyst dont l’essentiel de l’activité est basé sur la mode. Off-White est d’ailleurs devenu le produit ayant enregistré le plus fort taux de popularité au monde. Son prix de vente à l’unité était de 95 dollars la pièce, un prix du reste triplé sur les plateformes en ligne où se vendent les produits d’occasion.

Pourtant, Olivier Saillard, lui, pense qu’il s’agit d’un sujet délicat en raison du contexte lié à la crise sanitaire. Pour cet historien de la mode, il ne faut pas croire que l’industrie du luxe voit d’un bon œil la percée fulgurante du masque. Au contraire, celle-ci souhaite que ledit « accessoire se démode le plus vite ».

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