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Peut-on parler de race Latino ?

Les Latinos sont-ils une race ? Une question à laquelle Le Bureau du recensement des Etats-Unis (US Census Bureau) tente difficilement de répondre. Face à une réalité ethnique et culturelle américaine constamment en mouvement, la classification raciale devient un exercice acrobatique. Le débat est de nouveau lancé.

Les Hispaniques sont fâchés. « On ne devrait pas du tout parler de race », lance Angelo Falcón, directeur du National Institute for Latino Policy, porte-parole d’une vingtaine d’associations dans les négociations avec l’administration.

Lors du recensement 2010, le formulaire offrait plusieurs options aux habitants qui se considèrent de souche latino-américaine : en premier lieu se définir en tant que Hispanique, Latino ou Espagnol, avec la possibilité de spécifier Mexicain (Chicano), Portoricain, Cubain ou « autre ». Ensuite le choix d’une race (la classification fut déterminée lors du premier recensement de 1790 et a été modifiée au fil du temps) : Blanc, Africain-Américain (Noir, ou « Negro »), Amérindien, Asio-Américain, Hawaïen… ou « autre » (depuis 2000 les choix multiples sont permis). Donc en terme de statistique, un Hispanique peut se révéler Puerto-Ricain et Noir ou Chicano et Blanc et Asiatique, etc.

Le souci pour Bureau du recensement, c’est que 37% des Latinos (soit 18 millions de personnes sur les 52 millions que compte la communauté hispanique aux Etats-Unis) ont coché une « autre » race. « Ils n´aiment pas du tout les réponses floues, ils veulent du concret mais les Hispaniques n'acceptent pas la classification raciale de ce pays ». M. Falcón n’entend pas abandonner la spécificité de l’origine Latino qui fait son apparition en 1980 dans les formulaires de recensement « après beaucoup d’efforts et de luttes » et permet de nos jours de comptabiliser la population Hispanique qui représente 16,7% de la population des Etats-Unis. « Tous les dix ans, il semble que nous devions nous présenter à nouveau et rappeler notre existence. »

Le recensement, en plus de sa fonction purement administrative, revêt une importance socioéconomique et politique de tout premier ordre. Son décompte se révèle décisif dans l’attribution d’important fonds fédéraux aux Etats, une grande partie étant destinée aux minorités. Il sert également à adapter le découpage électoral, définissant le nombre de siège par Etat à la Chambre des Représentants. C’est ainsi que huit Etats ont obtenus 10 nouveaux « congressmen » lors des dernières élections et ceci en partie grâce au concours de leur nouvelle population hispanique.

« Le Bureau présente ce débat comme une question purement statistique, précise M. Falcón, alors que c’est une question politique qui de plus doit être entérinée par le Congrès. » Le prochain recensement aura lieu en 2020 et aucune décision ne pourra être prise avant 2018. Le débat est loin d’être clos.

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